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Historique du
costume
| Réplique exacte de l'uniforme du troisième
régiment Suisse au service du roi de Naples, le costume de la
Rose des Alpes ne passe pas innaperçu lors de défilés.
Voici, fortement résumée, l'histoire du régiment 3.
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Historique
SERVICE MILITAIRE SUISSE A L'ETRANGER
Les services militaires à l'étranger étaient indispensables à
certaines régions surpeuplées de notre pays. Les capitulations
militaires valurent à la Suisse des privilèges commerciaux importants et
appréciables et ont éloigné " certains courants guerriers " de notre
patrie. De 1515 à 1859 la Suisse donna à I'Europe plus de 2 millions de
soldats, 66000 officiers, 700 généraux et 30 maréchaux.
Distinguons deux sortes d'engagement de nos compatriotes au service
des nations étrangères. II y a, tout d'abord, le mercenaire qui s'engage
à ses risques et périls au service d'une autre puissance moyennant un
prix fixé d'avance, espérant des récompenses ou d'autres compensations
si la solde tardait à venir... Par contre les corps constitués et
avoués, dont le recrutement était autorisé par les cantons, avaient une
tout autre base: les capitulations militaires, véritables traités
internationaux. Les régiments capitulés formaient dans tous les pays où
ils existaient de véritables colonies suisses jouissant de privilèges
fiscaux et juridiques et ne pouvaient être commandés que par des
officiers suisses. Ces soldats exécutaient un contrat passé entre eux et
les gouvernements de leurs cantons et entre ces derniers et un pays
étranger.
CAPITULATION MILITAIRE ENTRE LE ROYAUME DE NAPLES ET CERTAINS CANTONS
SUISSES
Les Suisses ont été au service de Naples depuis 1734. Ecrire, même en
bref résumé, I'histoire de ces vaillants soldats de 1734 à 1859
demanderait un développement trop conséquent. II faut se borner à
retracer un petit aperçu historique des quatre régiments suisses
concernés par la capitulation signée en 1825 et en 1826 par le
représentant du roi de Naples et 10 cantons capitulants.
Chaque régiment suisse doit être formé de 2 bataillons de 726 hommes
répartis en 4 compagnies de fusiliers, 1 compagnie d'élite de
grenadiers. 1 compagnie d'élite de chasseurs ainsi que d'un état-major
supplémentaire de 16 hommes. II sera admis 1 enfant de troupe par
compagnie. La taille minimum est de 1 m. 75. Une batterie d'artillerie
est attachée au régiment.
La solde est payée à la fin du mois aux officiers et au début du mois
aux bas-officiers et aux soldats. Les appointements, soldes et
suppléments sont payés en or ou en argent sans aucune déduction Le
colonel gagnait 11 014 francs par an (argent de France), le capitaine
4047 francs, le musicien 315 francs (environ 0,80 franc par jour de
notre monnaie, valeur 1848), le tambour 272 francs et le soldat 128
francs. A titre de comparaison, il faut dire que le litre de bon vin
coûtait en ce moment-là de 5 à 8 centimes.
Les soldats avaient droit à une pension de retraite calculée comme
suit :
pour 20 années de service: la moitié de la solde
pour 30 années: les deux tiers
pour 35 années: la solde entière
En temps de guerre, chaque campagne compte pour 2 années de service.
Sa Majesté le roi de Naples accorde même à tous les pensionnés, au
départ de leur régiment, un habillement neuf complet et le sabre afin
qu’ils rentrent en Suisse avec honneur. Comme le droit à la solde de
retraite se perdait par des condamnations infamantes, cette disposition
particulière aidait chacun " à marcher droit ".
Les veuves et les enfants recevront la moitié de la retraite. Mais
aucun officier ne pourra se marier pendant son engagement (ni en Suisse
pendant les congés, ni au régiment) sans I'agrément du roi, sur
proposition du colonel. Ceux qui n'observaient pas cette règle perdaient
leur droit à la retraite.
Les musiciens sont choisis par le conseil d'administration du
régiment et il est spécifié qu'ils seront habillés " à rebours de la
troupe ", C'est-à-dire, pour le régiment 3, qu'ils porteront un habit
bleu foncé avec des revers et des parements écarlates.
Tous les soldats étaient distingués par I'ancienneté au service et
recevaient 1 chevron après 10 ans, 2 chevrons après 15 ans, 3 chevrons
après 20 ans et la médaille après 25 ans.
L'armement est réglé minutieusement et il est spécifié que les
régiments pourront être employés dans toutes les parties de I'Europe,
excepté, bien entendu, contre leur propre patrie.
La subsistance fait I'objet de savantes précisions. En campagne, par
exemple, outre les indemnités supplémentaires et les traitements
accessoires, chaque soldat a droit à 24 onces de pain (environ 700 g.),
8 onces de viande et 2 onces de riz.
Les conditions de logement sont détaillées et il semblerait, d'après
un article spécial, que l'instructeur-tambour des 4 régiments,
Jean-François Luyet de Savièse, devait être un officier subalterne.
Les questions de chauffage et d'éclairage, bien étudiées, dénotent un
certain souci de confort.
Le libre exercice du culte et des honneurs funèbres est garanti. Les
4 régiments sont soumis à la justice militaire suisse. La sentence du
tribunal militaire était toujours rendue devant le régiment au complet,
formé en carré. Le mercenaire suisse est un soldat difficile à conduire
et pour y parvenir, il faut l'éducation, le savoir-faire et le mérite
des chefs et une justice sans faille... Le tribunal militaire avait la
main lourde. La trahison et la désertion entraînaient la mort, la
profanation des choses sacrées, la mort ou les galères et le viol était
puni de 8 à 12 ans de fers. L’incendiaire etait passé par les armes.
Un article spécial traite de la composition de la musique du
régiment. La voici telle que figurant dans la capitulation:
Clarinettes 10
Flautino 2
Corno 2
Fagotto 2
Tromba 1
Serpante 1
Cymbales 2
Grande caisse 1
soit 21 musiciens au total
Les régiments suisses avaient leurs propres drapeaux représentant,
d'un côté les armoiries des Deux-Siciles, de l'autre la croix fédérale
sur fond rouge, entourée des écussons des cantons capitulants:
pour le régiment 1:
les armoiries de Lucerne, d'Uri, d'Unterwald et d'Appenzell;
pour le régiment 2:
celles de Fribourg et de Soleure;
pour le régiment 3: celles du Valais, des Grisons et de Schwyz;
pour le régiment 4 : celles de Berne.
Un article additionnel spécifie que Sa Majesté accordera des faveurs
concernant l'établissement et le commerce. En cas de disette en Suisse,
les achats de blé seraient grandement favorisés.
La capitulation a été signée à Lucerne le 5 mai 1825 et elle devait
durer 30 ans. Le louable canton du Valais la ratifie le 9 septembre 1826
et le document porte la signature du grand baillif de Rivaz.
LES REGIMENTS SUISSES A NAPLES
Au début, les Suisses vivent une vie de garnison avec parades
militaires nombreuses. En 1836 et en 1837, ils doivent intervenir en
Sicile. En un certain moment, la situation devient même assez délicate
car les escadres anglaises et françaises bloquent les ports napolitains.
Le régiment 3 tient garnison à Nocera, entre Pompéi et Salerne, de
1841 à 1843. Il partage une grande caserne avec le 12e régiment de ligne
sicilien qui est vraiment peu sûr.
En 1843, il part pour Gaète où il reste deux ans. En 1846, il se rend
à Naples. A cette occasion, certaines modifications sont apportées à ses
uniformes. Le shako exposé au musée de Valère daterait de cette époque;
les gourmettes en cuivre jaune sont remplacées par une jugulaire de cuir
qui, hors service, se place à l'intérieur du shako. Les capotes en drap
bleu remplacent celles gris de fer et elles reçoivent deux rangées de
boutons.
Des bruits de révolte de la Calabre s'étant répandus un peu partout,
le régiment 3 doit intervenir plusieurs fois et un certain temps, les
troubles sont si fréquents que les soldats doivent se coucher
complètement équipés, les souliers aux pieds et les croisées sur le dos.
En 1848, la Sicile est ravagée par un tremblement de terre. Elle
n'est pas secourue d'une façon efficace et la colère de I'Etna est
considérée par les superstitieuses et belliqueuses populations
siciliennes comme un encouragement à la révolte et bientôt il n'y a plus
dans l'île, au pouvoir des Napolitains, que la fameuse citadelle de
Messine.
A Naples, même les désordres s'amplifient. Pour calmer le peuple, le
roi promet une nouvelle constitution mais il compte maintenant plus que
jamais sur les Suisses qui forment sa garde personnelle. Ces derniers
sont les soldats les mieux traités et les mieux payés de l'Europe et
leur entretien coûte plus de 3 millions de francs soit le 1/8 du budget
alloué au Département de la guerre ou le 1/50 des dépenses totales du
royaume. Ils sont, de ce fait, l'objet d'une sourde jalousie de la part
de la garde nationale beaucoup moins favorisée et de plus en plus
contaminée par des idées subversives. Mais cette formation militaire
cache ses véritables sentiments et ses fausses amabilités envers les
Suisses n'ont d'autre but que de les amadouer afin d'obtenir leur appui
ou au moins leur passivité à l'heure décisive du renversement de la
monarchie.
Les députés élus en vertu de la nouvelle constitution entrent
rapidement en conflit avec le roi et la garde nationale prend leur
parti. La révolte gronde de nouveau et, cette fois, un mouvement
d'ensemble paraît s'organiser... La noblesse et les citadins veulent la
disparition de l'influence autrichienne et des réformes conséquentes.
Les libertés accordées par le Pape Pie IX dans ses états échauffent les
esprits d'autant plus que le Piémont bénéficie, à son tour, de
changements appréciables. Mais loin de suivre le mouvement, le roi
Ferdinand Il gouverne toujours en despote. Le mécontentement de Naples
descend dans la rue et comme la censure est abolie, le ferment
révolutionnaire agite de plus en plus les Napolitains. Le feu couve sous
la cendre avec des flambées sporadiques. Les 4 régiments continuent à se
distinguer par leur fidélité, leur discipline et leur bonne volonté et
les Napolitains reconnaissent qu'ils leur doivent la sécurité. Mais les
révolutionnaires ne chôment pas et continuent inlassablement leur
travail de sape, induisant le bon peuple en erreur et le conduisant
finalement à la révolte et on demeure stupéfait de constater qu'il est
relativement facile de pousser les gens, les braves gens, aux pires
extrémités. Une bonne partie de la garde nationale passe du côté des
révoltés car on assure à ces soldats que les Suisses ne marcheront
jamais contre eux. Bientôt les barricades s'élèvent, les maisons bordant
les rues principales sont occupées par les soldats de la garde nationale
vraiment égarés par les mensonges de meneurs sans scrupules et les
fenêtres se garnissent de matelas.
Les Suisses sont finalement alertés car l'épreuve de force devient
inévitable et les tergiversations royales n'ont fait que compliquer la
situation.
On hisse le drapeau rouge sur les forts et le signal de l'attaque est
donné par trois coups de canon. Le 4e régiment suisse est le premier sur
les lieux. La bataille principale se déroule dans la fameuse rue de
Tolède. Il faut dire que la ville de Naples a 400 000 habitants. Tous ne
sont pas des révoltés, bien loin de là. Mais les révolutionnaires se
sentent forts car ils sont appuyés par 12 à 15000 (quinze mille!) hommes
de la garde nationale bien retranchés dans les maisons et bien pourvus
en munitions.
La moitié des effectifs suisses est affectée à la garde des forts. Le
reste, environ 3 600 soldats, est dirigé contre les insurgés.
Le 4e régiment est le plus éprouvé et son colonel est grièvement
blessé. Le 3e fait des prodiges de valeur ainsi que les deux autres
formations. La qualité du commandement alliée à la bravoure des soldats
ont fait des merveilles. Grâce à l'appui d'une artillerie légère bien
employée et à la farouche détermination de tous les Suisses, la révolte
est matée après 9 heures de durs combats et au prix de pertes cruelles.
Les Suisses occupent immédiatement les points stratégiques de la
ville. Heureusement, dans de telles circonstances, tout le monde se met
rapidement et de grand coeur du côté des vainqueurs La marche du 1er
bataillon du régiment 3, musique en tête, à travers les rues de Tolède
et de Ste-Brigitte immédiatement après les combats, est un véritable
triomphe. Au sinistre sifflement des balles fait place le " crépitement
des mains "
Mais les Suisses ne peuvent guère se reposer car 10 000 hommes de la
province de Salerne viennent au secours des révoltés napolitains. Mais
cette troupe, apprenant en route la victoire totale des Suisses, se hâte
de rebrousser chemin. Nos compatriotes peuvent rendre enfin, dans un
cimetière de Naples, les honneurs à leurs camarades morts au combat et
qui terminent leur carrière militaire en vainqueurs.
Le roi remercie les Suisses en leur donnant une gratification
spéciale d'un mois de solde. Il signe 180 avancements et nominations
d'officiers. Il accorde de nombreuses décorations 103 croix de
St-Georges pour les officiers, 511 médailles d'or et d'argent pour la
troupe. A la tête du régiment 3, le major de Riedmatten succède au
colonel Dufour prenant sa retraite.
L'ordre règne de nouveau et la moustache et la barbe, signes de
contestation des révoltés napolitains, disparaissent rapidement...
Mais la presse révolutionnaire européenne accable les troupes suisses
tant et si bien que la Confédération envoie deux commissaires à Naples
pour enquêter. Mais le ministère de la guerre et beaucoup de
personnalités leur font part de la belle tenue des troupes suisses au
combat et surtout de leur retenue exemplaire après la victoire.
Finalement le roi proclame bien haut sa reconnaissance et charge son
envoyé résidant à Lucerne d'intervenir auprès des autorités suisses afin
de rétablir les faits dans toute leur exactitude. Sans les régiments
suisses le royaume des Deux-Siciles sombrait dans l'anarchie la plus
complète.
EXPEDITION DE SICILE
La Sicile, encouragée par la proclamation de la république en France,
déclare officiellement son indépendance. Aussi, une expédition
d'envergure contre la grande île est-elle décidée. Mais le général
Filangeri n'accepte cette mission qu'à la condition que deux régiments
suisses fassent partie du corps expéditionnaire. Les régiments 3 et 4
sont désignés pour cette campagne.
Comme la citadelle de Messine est toujours aux mains des Napolitains,
le général Filangeri décide d'attaquer immédiatement la ville aux mains
des insurgés. Lors de l'attaque, le régiment 3 se distingue
particulièrement. Une de ses compagnies va même chercher, sous la
mitraille, plus de 200 blessés napolitains atteints par une bombe de
gros calibre entraînant de véritables explosions en chaînes qui mettent
le feu aux cartouches entassées même dans les sacs à pain. Il faut dire
que les blessés tombant aux mains des Siciliens sont atrocement mutilés
et meurent dans d'horribles souffrances. Une compagnie de grenadiers
commandée par le major Edouard de Wolff de Sion honore ses compatriotes
par la prise audacieuse d'une batterie. Tous les soldats font des
prodiges de valeur et leur témérité est telle que les officiers sont
obligés de modérer leur ardeur. Ils veulent vaincre ou mourir, déclarant
à leurs chefs qu'ils sont venus en Sicile pour se battre et non pour
apprendre la prudence...
Messine tombe après 3 jours de bombardement et 29 heures de lutte
acharnée. Le régiment 3 a 47 morts et 201 blessés dont 8 officiers et le
4 n'est pas épargné non plus avec ses 48 morts et ses 125 blessés. Il
est dit que les Suisses entrant dans la ville " avec leur musique
guerrière et leur pompe accoutumée " n'eurent qu'eux-mêmes pour témoins
de leur gloire, les soldats siciliens et les habitants ayant fui à leur
approche.
Le roi décore 72 officiers et 539 soldats (dont 40 officiers et 287
soldats pour le régiment 3).
La France et l'Angleterre demandent une suspension d'armes. Le roi
accepte cette suspension malgré l'avis contraire du général Filangeri
qui veut exploiter immédiatement sa victoire. Les événements ultérieurs
donneront raison à ce dernier. Bien que battus à Messine, les révoltés
siciliens ne désarment pas.
Les Suisses sont chargés du service intérieur de la ville conquise.
Leurs grands blessés sont transportés à Reggio. Bientôt le bruit court
qu'une horde de bandits siciliens veut les massacrer. L'aumônier
Hartmann du régiment 3 obtient des armes et tous les blessés demandent à
grands cris des fusils et ceux que leur état enchaîne à leurs lits sont
placés près des fenêtres et sur les terrasses, afin de coopérer à la
défense commune. L'attaque ne se produira pas. Mais quelle
détermination.
Sept mois s'écoulent en vaines ouvertures car les Siciliens refusent
toujours de se soumettre. Ils profitent de l'armistice pour s'organiser
et ils engagent des soldats étrangers, notamment des Français. Messine
occupée relève la tête.
Finalement le roi remet un ultimatum aux Siciliens. Il a de nombreux
partisans dans l'île et il veut les ménager. Les rebelles refusent
l'ultimatum et continuent à proclamer leur indépendance. Les troupes
révolutionnaires témoignent effrontément de leur joie de pouvoir bientôt
jouer avec les têtes des Suisses, de faire des peaux de tambours avec
celles de leurs ventres et des pieds de tables avec les os de leurs
jambes.
Les hostilités reprennent et les Suisses, considérés comme le nerf de
l'armée napolitaine, sont répartis dans les deux brigades d'attaque.
Villes et villages sont repris et bientôt tous les efforts des
Napolitains vont se concentrer sur Catane. Mais la ville est bien
défendue. Les troupes du roi, décimées et démoralisées par une
résistance farouche, sont prêtes à abandonner la lutte. Appelés à la
rescousse et bien que très fatigués par une marche de 8 heures, les
Bernois du régiment de MuraIt vont décider de la victoire ou se faire
écraser jusqu'au dernier par les 24 000 hommes défendant la ville. Ces
défenseurs sont très éprouvés, il faut le dire.
En masse compacte les Bernois se lancent à l'assaut avec une fougue
telle que les Siciliens perdent bientôt pied et se débandent. Les 8
tambours suisses battent la charge sans arrêt, avec leur sang-froid
légendaire, bien qu'un des leurs soit tué et 4 blessés.
Le régiment 3 étant à l'arrière-garde, n'est pas engagé à Catane mais
il joue un rôle déterminant lors de la prise de Palerme, capitale de la
Sicile.
Le 15 mai 1849 les troupes napolitaines victorieuses défilent dans
Palerme. La foule honteuse reste muette mais quand elle voit passer les
Suisses martiaux dans un ordre imposant et admirable elle est saisie
d'un frisson d'admiration.
NOUVEAUX DESORDRES A NAPLES
Pendant la campagne de Sicile, de nouveaux désordres éclatent à
Naples. Quand le ferment révolutionnaire s'infiltre dans les esprits, il
faut vraiment peu de choses pour provoquer des troubles. La populace du
quartier de Santa-Lucia se masse devant le palais royal en criant: "Vive
le roi, à bas la constitution ". Puis, remontant la fameuse rue de
Tolède, elle rencontre les habitants des quartiers de Monte-Calvaro et
de la Pignasecca qui scandent: "Vive le roi, vive la constitution". Un
combat de rue s'engage aussitôt mais les troupes suisses dispersent
rapidement les manifestants. Le maréchal valaisan de Stockalper est
nommé commandant de place et chef de la province de Naples.
LE REGIMENT 3 A PALERME
Le régiment 3 assure seul la garde de Palerme du 15 mai 1849 au mois
de février 1850, étouffant dans l'oeuf un complot ourdi par les
révolutionnaires. L'instructeur-tambour Jean-François LUYET de Granois
"i tanbo célè " a permis, par sa perspicacité, la découverte de la
machination et il faut remercier son petit-fils, M. Robert Héritier de
la Crettaz, d'avoir conservé le souvenir de cet épisode. Le " tanbo célè
" se repose dans la chambre qu'il occupe avec un autre militaire. Ne
pouvant dormir, son attention est bientôt attirée par une vibration
anormale des tambours déposés à même le sol. Guerrier expérimenté,
habitué à la vie de garnison, Luyet estime que ces vibrations sont dues
à des travaux de sape visant à envahir la caserne ou à la faire sauter.
Il ordonne à son compagnon d'aller faire rapport. Grâce à cette
intervention, le complot est déjoué. Le tunnel aurait permis de déposer
la poudre au bon endroit et de se débarrasser des Suisses "sans tambour
ni trompettes" mais avec un éclat particulier! Le compagnon du " tanbo
célé" s'est bien gardé d'indiquer la véritable source de l'information
qu'il apportait. Il est décoré et Luyet doit se contenter de la
satisfaction d'avoir fait son devoir.
En février 1850, le régiment reçoit l'ordre de rentrer à Naples et le
régiment 2 prend sa place.
En 1853, le "3" retourne à Palerme et son séjour durera jusqu'en
1855. La troupe souffre du choléra et le meilleur préservatif contre
cette terrible maladie est, outre le chlore et l'ail cru le fait de ne
pas en avoir peur! Les pertes en hommes sont cependant sensibles mais
les effectifs du régiment sont maintenus au complet par de nouveaux
arrivants.
Une fois l'alerte passée, la vie de garnison reprend un cours assez
agréable. Les esprits semblent calmés et les soldats reçoivent
facilement des permissions de 2 à 4 jours pour se rendre à l'intérieur
du royaume où les distractions de toutes sortes ne manquent pas. Les
permissions de se rendre en Suisse ne sont accordées qu'en vertu d'un
règlement très strict ; car pendant le séjour dans leur pays, les
permissionnaires touchent la demi-solde, l'autre moitié leur étant
versée lors de la rentrée dans le corps.
En 1856 une nouvelle tentative d'insurrection est étouffée dans un
bain de sang.
REVOLTE PARTIELLE D'ELEMENTS SUISSES
Le roi Ferdinand Il meurt le 22 mai 1859 laissant le trône à son fils
François Il âgé de 23 ans, plein de lui-même mais vide de sagacité et
d'expérience.
Après les événements du 15 mai 1848 la Confédération ne veut plus
reconnaître la capitulation de 1825 arrivant bientôt à échéance et
ordonne l'abolition des armoiries suisses sur les drapeaux des
régiments. Or, dégrader ces drapeaux c'est aussi jeter la honte sur tous
les braves qui ont fait loyalement leur devoir, tout en maintenant haut
et ferme l'honneur du pays. Et les officiers se gardent bien de donner
suite à cet ordre. Ils ont l'appui du roi.
Mais après la mort de Ferdinand Il, la France, l'Angleterre et le
Piémont invitent à nouveau et d'une manière pressante la Confédération à
faire disparaître ses armoiries et celles des cantons capitulants sur
les drapeaux des 4 régiments. Avec l'assentiment de François II, le
ministre de la guerre, le fameux général Filangeri, "insinue" aux quatre
colonels " l'ordre " d'enlever, sans éclat, les armoiries suisses des
drapeaux de leurs corps.
Seul le régiment 3 refusa net d'obtempérer à un ordre qui
compromettait son honneur. Bravo colonel Edouard de Wolff!
Les drapeaux des trois autres régiments sont modifiés très
discrètement. Quelques jours après, le régiment 4 a conseil de guerre.
Lors du salut aux drapeaux, deux compagnies de voltigeurs refusent de
rendre les honneurs à des symboles dégradés et préfèrent être consignées
plutôt que de s'abaisser.
Les révolutionnaires napolitains font comprendre à nos braves soldats
que l'enlèvement des armoiries suisses des drapeaux signifie pour eux la
perte de leur nationalité. Le mécontentement est d'autant plus grand que
le régiment 3 a gardé ses armoiries et personne n'intervient pour les
faire disparaître. C'est la faille tant espérée par les Mazzini,
Garibaldi et consorts...
Le 7 juillet 1859, à l'heure de la retraite, la révolte éclate
brusquement dans les compagnies d'élite du régiment 2. Prenant leurs
drapeaux, en tenue de route, les Fribourgeois et les Soleurois se
dirigent vers la caserne du régiment 3 pour y enlever ses drapeaux,
blessant gravement le major Pierre de Wolff qui défend ses étendards. Un
lieutenant du " 3 " prévient le régiment 4 et au retour se jette
bravement au milieu des rebelles (500 à 800 hommes) et réussit à ramener
dans le droit chemin plusieurs dizaines de mutins. Les révoltés arrivent
au palais royal en bon ordre. Le roi ne veut pas les écouter. Si son
père avait été là, les choses se seraient passées tout autrement!
Les soldats bivouaquent sur une grande place de Naples. Le régiment 4
encercle les révoltés (qui n'ont aucun officier avec eux) et leur
ordonne de se rendre. Les mutins répondent par des coups de feu à la
sommation. Le régiment 4 attaque immédiatement avec des canons chargés à
la mitraille. Les morts et les blessés sont si nombreux que les autres
se rendent immédiatement.
Ce soulèvement produit une fâcheuse impression et le
général-brigadier de Riedmatten, au lieu d'arranger les choses par une
manoeuvre habile, signifie que le roi ne veut plus garder des soldats de
cette espèce, mettant les bons et les mauvais " dans le même sac ".
Les guerriers s'estimant outragés veulent tous partir immédiatement.
Les officiers essaient de réparer la " gaffe " de l'inspecteur général
et font remarquer aux soldats que s'ils partent ainsi ils rompent en
fait leur contrat et perdent les avantages assurés par la capitulation.
Les soldats se ravisent, ce qui ne fait pas l'affaire des ministres de
François Il qui veulent se débarrasser des Suisses, car ils préfèrent en
secret la république à la royauté. Ils offrent alors 51 ducats à ceux
qui veulent partir et seulement 9 à ceux qui restent. De cette manière,
il ne subsiste plus que quelques centaines d'hommes par formation et les
4 régiments reçoivent l’ordre d’aller en province. Au mois de septembre
1859, les quatre régiments suisses sont définitivement licenciés. Et
ainsi se termine, à Naples en 1859, l'épopée de plus de quatre siècles
des services capitulés.
Les soldats qui veulent rester sont engagés à nouveau pour former des
bataillons étrangers. Il n'y a plus de capitulation et les mercenaires
s'engagent à leurs risques et périls. Ils reçoivent une nouvelle tenue
et la solde n'est plus la même mais leur fidélité, elle, ne change pas.
Én déan é pa capona!
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