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Historique du costume

 

 

Réplique exacte de l'uniforme du troisième régiment Suisse au service du roi de Naples, le costume de la Rose des Alpes ne passe pas innaperçu lors de défilés.


Voici, fortement résumée, l'histoire du régiment 3.

Historique

SERVICE MILITAIRE SUISSE A L'ETRANGER

Les services militaires à l'étranger étaient indispensables à certaines régions surpeuplées de notre pays. Les capitulations militaires valurent à la Suisse des privilèges commerciaux importants et appréciables et ont éloigné " certains courants guerriers " de notre patrie. De 1515 à 1859 la Suisse donna à I'Europe plus de 2 millions de soldats, 66000 officiers, 700 généraux et 30 maréchaux.

Distinguons deux sortes d'engagement de nos compatriotes au service des nations étrangères. II y a, tout d'abord, le mercenaire qui s'engage à ses risques et périls au service d'une autre puissance moyennant un prix fixé d'avance, espérant des récompenses ou d'autres compensations si la solde tardait à venir... Par contre les corps constitués et avoués, dont le recrutement était autorisé par les cantons, avaient une tout autre base: les capitulations militaires, véritables traités internationaux. Les régiments capitulés formaient dans tous les pays où ils existaient de véritables colonies suisses jouissant de privilèges fiscaux et juridiques et ne pouvaient être commandés que par des officiers suisses. Ces soldats exécutaient un contrat passé entre eux et les gouvernements de leurs cantons et entre ces derniers et un pays étranger.

 

CAPITULATION MILITAIRE ENTRE LE ROYAUME DE NAPLES ET CERTAINS CANTONS SUISSES

Les Suisses ont été au service de Naples depuis 1734. Ecrire, même en bref résumé, I'histoire de ces vaillants soldats de 1734 à 1859 demanderait un développement trop conséquent. II faut se borner à retracer un petit aperçu historique des quatre régiments suisses concernés par la capitulation signée en 1825 et en 1826 par le représentant du roi de Naples et 10 cantons capitulants.

Chaque régiment suisse doit être formé de 2 bataillons de 726 hommes répartis en 4 compagnies de fusiliers, 1 compagnie d'élite de grenadiers. 1 compagnie d'élite de chasseurs ainsi que d'un état-major supplémentaire de 16 hommes. II sera admis 1 enfant de troupe par compagnie. La taille minimum est de 1 m. 75. Une batterie d'artillerie est attachée au régiment.

La solde est payée à la fin du mois aux officiers et au début du mois aux bas-officiers et aux soldats. Les appointements, soldes et suppléments sont payés en or ou en argent sans aucune déduction Le colonel gagnait 11 014 francs par an (argent de France), le capitaine 4047 francs, le musicien 315 francs (environ 0,80 franc par jour de notre monnaie, valeur 1848), le tambour 272 francs et le soldat 128 francs. A titre de comparaison, il faut dire que le litre de bon vin coûtait en ce moment-là de 5 à 8 centimes.

Les soldats avaient droit à une pension de retraite calculée comme suit :

pour 20 années de service: la moitié de la solde

pour 30 années: les deux tiers

pour 35 années: la solde entière

En temps de guerre, chaque campagne compte pour 2 années de service. Sa Majesté le roi de Naples accorde même à tous les pensionnés, au départ de leur régiment, un habillement neuf complet et le sabre afin qu’ils rentrent en Suisse avec honneur. Comme le droit à la solde de retraite se perdait par des condamnations infamantes, cette disposition particulière aidait chacun " à marcher droit ".

Les veuves et les enfants recevront la moitié de la retraite. Mais aucun officier ne pourra se marier pendant son engagement (ni en Suisse pendant les congés, ni au régiment) sans I'agrément du roi, sur proposition du colonel. Ceux qui n'observaient pas cette règle perdaient leur droit à la retraite.

Les musiciens sont choisis par le conseil d'administration du régiment et il est spécifié qu'ils seront habillés " à rebours de la troupe ", C'est-à-dire, pour le régiment 3, qu'ils porteront un habit bleu foncé avec des revers et des parements écarlates.

Tous les soldats étaient distingués par I'ancienneté au service et recevaient 1 chevron après 10 ans, 2 chevrons après 15 ans, 3 chevrons après 20 ans et la médaille après 25 ans.

L'armement est réglé minutieusement et il est spécifié que les régiments pourront être employés dans toutes les parties de I'Europe, excepté, bien entendu, contre leur propre patrie.

La subsistance fait I'objet de savantes précisions. En campagne, par exemple, outre les indemnités supplémentaires et les traitements accessoires, chaque soldat a droit à 24 onces de pain (environ 700 g.), 8 onces de viande et 2 onces de riz.

Les conditions de logement sont détaillées et il semblerait, d'après un article spécial, que l'instructeur-tambour des 4 régiments, Jean-François Luyet de Savièse, devait être un officier subalterne.

Les questions de chauffage et d'éclairage, bien étudiées, dénotent un certain souci de confort.

Le libre exercice du culte et des honneurs funèbres est garanti. Les 4 régiments sont soumis à la justice militaire suisse. La sentence du tribunal militaire était toujours rendue devant le régiment au complet, formé en carré. Le mercenaire suisse est un soldat difficile à conduire et pour y parvenir, il faut l'éducation, le savoir-faire et le mérite des chefs et une justice sans faille... Le tribunal militaire avait la main lourde. La trahison et la désertion entraînaient la mort, la profanation des choses sacrées, la mort ou les galères et le viol était puni de 8 à 12 ans de fers. L’incendiaire etait passé par les armes.

Un article spécial traite de la composition de la musique du régiment. La voici telle que figurant dans la capitulation:

Clarinettes 10
Flautino 2
Corno 2
Fagotto 2
Tromba 1
Serpante 1
Cymbales 2
Grande caisse 1

soit 21 musiciens au total

Les régiments suisses avaient leurs propres drapeaux représentant, d'un côté les armoiries des Deux-Siciles, de l'autre la croix fédérale sur fond rouge, entourée des écussons des cantons capitulants:

pour le régiment 1:
les armoiries de Lucerne, d'Uri, d'Unterwald et d'Appenzell;

pour le régiment 2:
celles de Fribourg et de Soleure;

pour le régiment 3: celles du Valais, des Grisons et de Schwyz;
pour le régiment 4 : celles de Berne.

Un article additionnel spécifie que Sa Majesté accordera des faveurs concernant l'établissement et le commerce. En cas de disette en Suisse, les achats de blé seraient grandement favorisés.

La capitulation a été signée à Lucerne le 5 mai 1825 et elle devait durer 30 ans. Le louable canton du Valais la ratifie le 9 septembre 1826 et le document porte la signature du grand baillif de Rivaz.

LES REGIMENTS SUISSES A NAPLES

Au début, les Suisses vivent une vie de garnison avec parades militaires nombreuses. En 1836 et en 1837, ils doivent intervenir en Sicile. En un certain moment, la situation devient même assez délicate car les escadres anglaises et françaises bloquent les ports napolitains.

Le régiment 3 tient garnison à Nocera, entre Pompéi et Salerne, de 1841 à 1843. Il partage une grande caserne avec le 12e régiment de ligne sicilien qui est vraiment peu sûr.

En 1843, il part pour Gaète où il reste deux ans. En 1846, il se rend à Naples. A cette occasion, certaines modifications sont apportées à ses uniformes. Le shako exposé au musée de Valère daterait de cette époque; les gourmettes en cuivre jaune sont remplacées par une jugulaire de cuir qui, hors service, se place à l'intérieur du shako. Les capotes en drap bleu remplacent celles gris de fer et elles reçoivent deux rangées de boutons.

Des bruits de révolte de la Calabre s'étant répandus un peu partout, le régiment 3 doit intervenir plusieurs fois et un certain temps, les troubles sont si fréquents que les soldats doivent se coucher complètement équipés, les souliers aux pieds et les croisées sur le dos.

En 1848, la Sicile est ravagée par un tremblement de terre. Elle n'est pas secourue d'une façon efficace et la colère de I'Etna est considérée par les superstitieuses et belliqueuses populations siciliennes comme un encouragement à la révolte et bientôt il n'y a plus dans l'île, au pouvoir des Napolitains, que la fameuse citadelle de Messine.

A Naples, même les désordres s'amplifient. Pour calmer le peuple, le roi promet une nouvelle constitution mais il compte maintenant plus que jamais sur les Suisses qui forment sa garde personnelle. Ces derniers sont les soldats les mieux traités et les mieux payés de l'Europe et leur entretien coûte plus de 3 millions de francs soit le 1/8 du budget alloué au Département de la guerre ou le 1/50 des dépenses totales du royaume. Ils sont, de ce fait, l'objet d'une sourde jalousie de la part de la garde nationale beaucoup moins favorisée et de plus en plus contaminée par des idées subversives. Mais cette formation militaire cache ses véritables sentiments et ses fausses amabilités envers les Suisses n'ont d'autre but que de les amadouer afin d'obtenir leur appui ou au moins leur passivité à l'heure décisive du renversement de la monarchie.

Les députés élus en vertu de la nouvelle constitution entrent rapidement en conflit avec le roi et la garde nationale prend leur parti. La révolte gronde de nouveau et, cette fois, un mouvement d'ensemble paraît s'organiser... La noblesse et les citadins veulent la disparition de l'influence autrichienne et des réformes conséquentes. Les libertés accordées par le Pape Pie IX dans ses états échauffent les esprits d'autant plus que le Piémont bénéficie, à son tour, de changements appréciables. Mais loin de suivre le mouvement, le roi Ferdinand Il gouverne toujours en despote. Le mécontentement de Naples descend dans la rue et comme la censure est abolie, le ferment révolutionnaire agite de plus en plus les Napolitains. Le feu couve sous la cendre avec des flambées sporadiques. Les 4 régiments continuent à se distinguer par leur fidélité, leur discipline et leur bonne volonté et les Napolitains reconnaissent qu'ils leur doivent la sécurité. Mais les révolutionnaires ne chôment pas et continuent inlassablement leur travail de sape, induisant le bon peuple en erreur et le conduisant finalement à la révolte et on demeure stupéfait de constater qu'il est relativement facile de pousser les gens, les braves gens, aux pires extrémités. Une bonne partie de la garde nationale passe du côté des révoltés car on assure à ces soldats que les Suisses ne marcheront jamais contre eux. Bientôt les barricades s'élèvent, les maisons bordant les rues principales sont occupées par les soldats de la garde nationale vraiment égarés par les mensonges de meneurs sans scrupules et les fenêtres se garnissent de matelas.

Les Suisses sont finalement alertés car l'épreuve de force devient inévitable et les tergiversations royales n'ont fait que compliquer la situation.

On hisse le drapeau rouge sur les forts et le signal de l'attaque est donné par trois coups de canon. Le 4e régiment suisse est le premier sur les lieux. La bataille principale se déroule dans la fameuse rue de Tolède. Il faut dire que la ville de Naples a 400 000 habitants. Tous ne sont pas des révoltés, bien loin de là. Mais les révolutionnaires se sentent forts car ils sont appuyés par 12 à 15000 (quinze mille!) hommes de la garde nationale bien retranchés dans les maisons et bien pourvus en munitions.

La moitié des effectifs suisses est affectée à la garde des forts. Le reste, environ 3 600 soldats, est dirigé contre les insurgés.

Le 4e régiment est le plus éprouvé et son colonel est grièvement blessé. Le 3e fait des prodiges de valeur ainsi que les deux autres formations. La qualité du commandement alliée à la bravoure des soldats ont fait des merveilles. Grâce à l'appui d'une artillerie légère bien employée et à la farouche détermination de tous les Suisses, la révolte est matée après 9 heures de durs combats et au prix de pertes cruelles.

Les Suisses occupent immédiatement les points stratégiques de la ville. Heureusement, dans de telles circonstances, tout le monde se met rapidement et de grand coeur du côté des vainqueurs La marche du 1er bataillon du régiment 3, musique en tête, à travers les rues de Tolède et de Ste-Brigitte immédiatement après les combats, est un véritable triomphe. Au sinistre sifflement des balles fait place le " crépitement des mains "

Mais les Suisses ne peuvent guère se reposer car 10 000 hommes de la province de Salerne viennent au secours des révoltés napolitains. Mais cette troupe, apprenant en route la victoire totale des Suisses, se hâte de rebrousser chemin. Nos compatriotes peuvent rendre enfin, dans un cimetière de Naples, les honneurs à leurs camarades morts au combat et qui terminent leur carrière militaire en vainqueurs.

Le roi remercie les Suisses en leur donnant une gratification spéciale d'un mois de solde. Il signe 180 avancements et nominations d'officiers. Il accorde de nombreuses décorations 103 croix de St-Georges pour les officiers, 511 médailles d'or et d'argent pour la troupe. A la tête du régiment 3, le major de Riedmatten succède au colonel Dufour prenant sa retraite.

L'ordre règne de nouveau et la moustache et la barbe, signes de contestation des révoltés napolitains, disparaissent rapidement...

Mais la presse révolutionnaire européenne accable les troupes suisses tant et si bien que la Confédération envoie deux commissaires à Naples pour enquêter. Mais le ministère de la guerre et beaucoup de personnalités leur font part de la belle tenue des troupes suisses au combat et surtout de leur retenue exemplaire après la victoire. Finalement le roi proclame bien haut sa reconnaissance et charge son envoyé résidant à Lucerne d'intervenir auprès des autorités suisses afin de rétablir les faits dans toute leur exactitude. Sans les régiments suisses le royaume des Deux-Siciles sombrait dans l'anarchie la plus complète.

EXPEDITION DE SICILE

La Sicile, encouragée par la proclamation de la république en France, déclare officiellement son indépendance. Aussi, une expédition d'envergure contre la grande île est-elle décidée. Mais le général Filangeri n'accepte cette mission qu'à la condition que deux régiments suisses fassent partie du corps expéditionnaire. Les régiments 3 et 4 sont désignés pour cette campagne.

Comme la citadelle de Messine est toujours aux mains des Napolitains, le général Filangeri décide d'attaquer immédiatement la ville aux mains des insurgés. Lors de l'attaque, le régiment 3 se distingue particulièrement. Une de ses compagnies va même chercher, sous la mitraille, plus de 200 blessés napolitains atteints par une bombe de gros calibre entraînant de véritables explosions en chaînes qui mettent le feu aux cartouches entassées même dans les sacs à pain. Il faut dire que les blessés tombant aux mains des Siciliens sont atrocement mutilés et meurent dans d'horribles souffrances. Une compagnie de grenadiers commandée par le major Edouard de Wolff de Sion honore ses compatriotes par la prise audacieuse d'une batterie. Tous les soldats font des prodiges de valeur et leur témérité est telle que les officiers sont obligés de modérer leur ardeur. Ils veulent vaincre ou mourir, déclarant à leurs chefs qu'ils sont venus en Sicile pour se battre et non pour apprendre la prudence...

Messine tombe après 3 jours de bombardement et 29 heures de lutte acharnée. Le régiment 3 a 47 morts et 201 blessés dont 8 officiers et le 4 n'est pas épargné non plus avec ses 48 morts et ses 125 blessés. Il est dit que les Suisses entrant dans la ville " avec leur musique guerrière et leur pompe accoutumée " n'eurent qu'eux-mêmes pour témoins de leur gloire, les soldats siciliens et les habitants ayant fui à leur approche.

Le roi décore 72 officiers et 539 soldats (dont 40 officiers et 287 soldats pour le régiment 3).

La France et l'Angleterre demandent une suspension d'armes. Le roi accepte cette suspension malgré l'avis contraire du général Filangeri qui veut exploiter immédiatement sa victoire. Les événements ultérieurs donneront raison à ce dernier. Bien que battus à Messine, les révoltés siciliens ne désarment pas.

Les Suisses sont chargés du service intérieur de la ville conquise. Leurs grands blessés sont transportés à Reggio. Bientôt le bruit court qu'une horde de bandits siciliens veut les massacrer. L'aumônier Hartmann du régiment 3 obtient des armes et tous les blessés demandent à grands cris des fusils et ceux que leur état enchaîne à leurs lits sont placés près des fenêtres et sur les terrasses, afin de coopérer à la défense commune. L'attaque ne se produira pas. Mais quelle détermination.

Sept mois s'écoulent en vaines ouvertures car les Siciliens refusent toujours de se soumettre. Ils profitent de l'armistice pour s'organiser et ils engagent des soldats étrangers, notamment des Français. Messine occupée relève la tête.

Finalement le roi remet un ultimatum aux Siciliens. Il a de nombreux partisans dans l'île et il veut les ménager. Les rebelles refusent l'ultimatum et continuent à proclamer leur indépendance. Les troupes révolutionnaires témoignent effrontément de leur joie de pouvoir bientôt jouer avec les têtes des Suisses, de faire des peaux de tambours avec celles de leurs ventres et des pieds de tables avec les os de leurs jambes.

Les hostilités reprennent et les Suisses, considérés comme le nerf de l'armée napolitaine, sont répartis dans les deux brigades d'attaque. Villes et villages sont repris et bientôt tous les efforts des Napolitains vont se concentrer sur Catane. Mais la ville est bien défendue. Les troupes du roi, décimées et démoralisées par une résistance farouche, sont prêtes à abandonner la lutte. Appelés à la rescousse et bien que très fatigués par une marche de 8 heures, les Bernois du régiment de MuraIt vont décider de la victoire ou se faire écraser jusqu'au dernier par les 24 000 hommes défendant la ville. Ces défenseurs sont très éprouvés, il faut le dire.

En masse compacte les Bernois se lancent à l'assaut avec une fougue telle que les Siciliens perdent bientôt pied et se débandent. Les 8 tambours suisses battent la charge sans arrêt, avec leur sang-froid légendaire, bien qu'un des leurs soit tué et 4 blessés.

Le régiment 3 étant à l'arrière-garde, n'est pas engagé à Catane mais il joue un rôle déterminant lors de la prise de Palerme, capitale de la Sicile.

Le 15 mai 1849 les troupes napolitaines victorieuses défilent dans Palerme. La foule honteuse reste muette mais quand elle voit passer les Suisses martiaux dans un ordre imposant et admirable elle est saisie d'un frisson d'admiration.

NOUVEAUX DESORDRES A NAPLES

Pendant la campagne de Sicile, de nouveaux désordres éclatent à Naples. Quand le ferment révolutionnaire s'infiltre dans les esprits, il faut vraiment peu de choses pour provoquer des troubles. La populace du quartier de Santa-Lucia se masse devant le palais royal en criant: "Vive le roi, à bas la constitution ". Puis, remontant la fameuse rue de Tolède, elle rencontre les habitants des quartiers de Monte-Calvaro et de la Pignasecca qui scandent: "Vive le roi, vive la constitution". Un combat de rue s'engage aussitôt mais les troupes suisses dispersent rapidement les manifestants. Le maréchal valaisan de Stockalper est nommé commandant de place et chef de la province de Naples.

LE REGIMENT 3 A PALERME

Le régiment 3 assure seul la garde de Palerme du 15 mai 1849 au mois de février 1850, étouffant dans l'oeuf un complot ourdi par les révolutionnaires. L'instructeur-tambour Jean-François LUYET de Granois "i tanbo célè " a permis, par sa perspicacité, la découverte de la machination et il faut remercier son petit-fils, M. Robert Héritier de la Crettaz, d'avoir conservé le souvenir de cet épisode. Le " tanbo célè " se repose dans la chambre qu'il occupe avec un autre militaire. Ne pouvant dormir, son attention est bientôt attirée par une vibration anormale des tambours déposés à même le sol. Guerrier expérimenté, habitué à la vie de garnison, Luyet estime que ces vibrations sont dues à des travaux de sape visant à envahir la caserne ou à la faire sauter. Il ordonne à son compagnon d'aller faire rapport. Grâce à cette intervention, le complot est déjoué. Le tunnel aurait permis de déposer la poudre au bon endroit et de se débarrasser des Suisses "sans tambour ni trompettes" mais avec un éclat particulier! Le compagnon du " tanbo célé" s'est bien gardé d'indiquer la véritable source de l'information qu'il apportait. Il est décoré et Luyet doit se contenter de la satisfaction d'avoir fait son devoir.

En février 1850, le régiment reçoit l'ordre de rentrer à Naples et le régiment 2 prend sa place.

En 1853, le "3" retourne à Palerme et son séjour durera jusqu'en 1855. La troupe souffre du choléra et le meilleur préservatif contre cette terrible maladie est, outre le chlore et l'ail cru le fait de ne pas en avoir peur! Les pertes en hommes sont cependant sensibles mais les effectifs du régiment sont maintenus au complet par de nouveaux arrivants.

Une fois l'alerte passée, la vie de garnison reprend un cours assez agréable. Les esprits semblent calmés et les soldats reçoivent facilement des permissions de 2 à 4 jours pour se rendre à l'intérieur du royaume où les distractions de toutes sortes ne manquent pas. Les permissions de se rendre en Suisse ne sont accordées qu'en vertu d'un règlement très strict ; car pendant le séjour dans leur pays, les permissionnaires touchent la demi-solde, l'autre moitié leur étant versée lors de la rentrée dans le corps.

En 1856 une nouvelle tentative d'insurrection est étouffée dans un bain de sang.

REVOLTE PARTIELLE D'ELEMENTS SUISSES

Le roi Ferdinand Il meurt le 22 mai 1859 laissant le trône à son fils François Il âgé de 23 ans, plein de lui-même mais vide de sagacité et d'expérience.

Après les événements du 15 mai 1848 la Confédération ne veut plus reconnaître la capitulation de 1825 arrivant bientôt à échéance et ordonne l'abolition des armoiries suisses sur les drapeaux des régiments. Or, dégrader ces drapeaux c'est aussi jeter la honte sur tous les braves qui ont fait loyalement leur devoir, tout en maintenant haut et ferme l'honneur du pays. Et les officiers se gardent bien de donner suite à cet ordre. Ils ont l'appui du roi.

Mais après la mort de Ferdinand Il, la France, l'Angleterre et le Piémont invitent à nouveau et d'une manière pressante la Confédération à faire disparaître ses armoiries et celles des cantons capitulants sur les drapeaux des 4 régiments. Avec l'assentiment de François II, le ministre de la guerre, le fameux général Filangeri, "insinue" aux quatre colonels " l'ordre " d'enlever, sans éclat, les armoiries suisses des drapeaux de leurs corps.

Seul le régiment 3 refusa net d'obtempérer à un ordre qui compromettait son honneur. Bravo colonel Edouard de Wolff!

Les drapeaux des trois autres régiments sont modifiés très discrètement. Quelques jours après, le régiment 4 a conseil de guerre. Lors du salut aux drapeaux, deux compagnies de voltigeurs refusent de rendre les honneurs à des symboles dégradés et préfèrent être consignées plutôt que de s'abaisser.

Les révolutionnaires napolitains font comprendre à nos braves soldats que l'enlèvement des armoiries suisses des drapeaux signifie pour eux la perte de leur nationalité. Le mécontentement est d'autant plus grand que le régiment 3 a gardé ses armoiries et personne n'intervient pour les faire disparaître. C'est la faille tant espérée par les Mazzini, Garibaldi et consorts...

Le 7 juillet 1859, à l'heure de la retraite, la révolte éclate brusquement dans les compagnies d'élite du régiment 2. Prenant leurs drapeaux, en tenue de route, les Fribourgeois et les Soleurois se dirigent vers la caserne du régiment 3 pour y enlever ses drapeaux, blessant gravement le major Pierre de Wolff qui défend ses étendards. Un lieutenant du " 3 " prévient le régiment 4 et au retour se jette bravement au milieu des rebelles (500 à 800 hommes) et réussit à ramener dans le droit chemin plusieurs dizaines de mutins. Les révoltés arrivent au palais royal en bon ordre. Le roi ne veut pas les écouter. Si son père avait été là, les choses se seraient passées tout autrement!

Les soldats bivouaquent sur une grande place de Naples. Le régiment 4 encercle les révoltés (qui n'ont aucun officier avec eux) et leur ordonne de se rendre. Les mutins répondent par des coups de feu à la sommation. Le régiment 4 attaque immédiatement avec des canons chargés à la mitraille. Les morts et les blessés sont si nombreux que les autres se rendent immédiatement.

Ce soulèvement produit une fâcheuse impression et le général-brigadier de Riedmatten, au lieu d'arranger les choses par une manoeuvre habile, signifie que le roi ne veut plus garder des soldats de cette espèce, mettant les bons et les mauvais " dans le même sac ".

Les guerriers s'estimant outragés veulent tous partir immédiatement. Les officiers essaient de réparer la " gaffe " de l'inspecteur général et font remarquer aux soldats que s'ils partent ainsi ils rompent en fait leur contrat et perdent les avantages assurés par la capitulation. Les soldats se ravisent, ce qui ne fait pas l'affaire des ministres de François Il qui veulent se débarrasser des Suisses, car ils préfèrent en secret la république à la royauté. Ils offrent alors 51 ducats à ceux qui veulent partir et seulement 9 à ceux qui restent. De cette manière, il ne subsiste plus que quelques centaines d'hommes par formation et les 4 régiments reçoivent l’ordre d’aller en province. Au mois de septembre 1859, les quatre régiments suisses sont définitivement licenciés. Et ainsi se termine, à Naples en 1859, l'épopée de plus de quatre siècles des services capitulés.

Les soldats qui veulent rester sont engagés à nouveau pour former des bataillons étrangers. Il n'y a plus de capitulation et les mercenaires s'engagent à leurs risques et périls. Ils reçoivent une nouvelle tenue et la solde n'est plus la même mais leur fidélité, elle, ne change pas.

 

Én déan é pa capona!